Discours plat. Voilà plus d’une année que l’ancien président du groupe de l’Opposition au sein de l’Assemblée nationale a pris le Perchoir. On avait l’habitude d’entendre des discours lus avec pugnacité par Siteny Randrianasoloniaiko, des discours avec des idées fortes. Le discours de ce 17 septembre, lors de l’ouverture de la troisième session extraordinaire de l’année 2026 tranche avec ceux prononcés par le passé. Pour mémoire, lors de la deuxième session extraordinaire (tenue au mois d’août), Siteny, le Président de la Chambre Basse s’est levé pour protéger son institution. Face aux voix demandant la dissolution de l’Assemblée nationale, il a mis en avant les enquêtes parlementaires en cours pour indiquer que les députés servent à quelque chose. Ils assurent leur rôle de contrôle de l’action de l’Exécutif. Il faut aussi rappeler que ces critiques visent sa personne. On le voyait souvent en voyage à travers le pays et à l’étranger auprès du PRRM (Président de la République ???). Ce jeudi 17 septembre, on n’entendait pas cette défense de l’Assemblée alors que les critiques et les demandes de dissolution continuent de se faire entendre et même de plus belle.
Mutisme
Dans son discours, le président de l’Assemblée continue de défendre l’Exécutif en rappelant les réalisations. Il déclare, entre autres faits, que les délestages n’existent plus, principalement à Antsiranana et à Toamasina. Il reconnait que les délestages subsistent à Antananarivo. Cette reconnaissance indique indirectement l’incapacité du gouvernement et de la Jirama à juguler le problème. Son silence sur les résultats de la commission d’enquête est un signe majeur. A cela il faut ajouter qu’il omet d’encourager ces commissions d’accélérer leurs enquêtes. L’annonce de ces commissions d’enquête avait provoqué un espoir réel et avec les résultats présents, les facilitateurs du délestage se frottent les mains. Et il faut aussi signaler que l’absence du bouillant député Razara Piera Fidel au sein de la commission d’enquête est un signe à prendre en compte.
Un autre silence. Le discours du président de l’Assemblée national a fait l’impasse sur les différents programmes pour commémorer les étapes qui ont permis d’aboutir à la disparition de l’ancien régime. Il n’a pas prononcé le nom des différents organes qui étaient présents sur le terrain dont l’association Gen Z (et la chorale Vontovorona, célèbre par les paroles de leur chanson), l’association tsymanaikylembenana et les manifestants venant d’Imerintsiatosika emmenés par un des députés de l’Assemblée nationale. Il a occulté la création du groupe VFM, des députés qui changent de couleur comme des caméléons : virant de l’orange au vert. Cette apparition d’une nouvelle force politique doit pourtant interpeller le président de l’Assemblée nationale. Comment éviter que cette assemblée perpétue cette image de Chambre basse à géométrie variable ? Comment éviter que les députés arborent leurs écharpes en créant une association régie par la loi sur les associations, à priori associations apolitiques ? Sans vergogne ces députés assument publiquement cette absence d’éthique politique. Le silence de leur président leur donne raison.
Autre mutisme
On peut s’étonner du mutisme du président de l’Assemblée nationale devant le grand nombre de propositions de loi à adopter présenté par l’Exécutif. Pour mémoire, rappelons que lors de la précédente session extraordinaire, le gouvernement a affiché 5 propositions de loi. Pour la présente session extraordinaire, le gouvernement aligne carrément 16 propositions de loi, soit trois fois plus de lois à adopter, toujours en douze jours. Pour certains députés ce travail à la chaine est choisi pour faire taire les députés. C’est du travail forcé, un Smotig nouveau genre. [Smotig : ou « Service de la Main-d’œuvre des Travaux d'Intérêt Général » - était un système de travail obligatoire institué en 1926 (décret du 3 juin 1926) à Madagascar par le gouverneur général Olivier. Ce régime a été supprimé en 1945.] Il faut aussi souligner que la proposition de loi sur la cybercriminalité n’a pas été retenue pour cette session extraordinaire. Pour mémoire, cette proposition de loi a soulevé un tollé général.
Enfin, que dire du silence du président de l’Assemblée nationale sur son mutisme sur le problème de changement au niveau de l’éducation nationale, notamment sur l’adoption des nouvelles séries pour le baccalauréat. Ce changement qui arrive en début d’année scolaire. L’Assemblée aurait dû demander à être partie prenante dans les différents efforts pour assurer ce passage ou carrément à stopper cette initiative.
Ces silences assourdissants indiquent que le président de l’Assemblée nationale se trouve en position de faiblesse à l’ouverture de cette troisième session extraordinaire.